lundi 17 février 2014

L’invité d’Hedwige Chevrillon

BFMTV, le 11 décembre 2013
L’invité d’Hedwige Chevrillon
HC Hedwige Chevrillon
BP Benoît Potier




HC  Vous avez annoncé, Benoît Potier, lors de votre journée « investisseurs » - on sait que c’est un rendez-vous très, très important, j’ai envie de dire, surtout pour Air Liquide qui a un actionnariat très disparate, assez éclaté- vous avez  annoncé  10 milliards d’euros  d’investissements  sur la période, alors certes 2016-2020. Mais ça veut dire que quelque part vous croyez dans la « recovery » de la croissance en France, en Europe et dans le monde.

BP Oui, ce qui est intéressant, c’est que d’abord on a fait venir à la fois nos investisseurs institutionnels, puisque nous avions notre journée  « investisseurs » , vous l’avez dit, qui s’est finie vers à peu près, quatre heures de l’après-midi et les actionnaires individuels puisque nous célébrions nos cent ans de cotation en bourse en 2013 et on a combiné la journée « investisseurs » et cette célébration. Donc c’était très intéressant d’avoir les actionnaires dans leur ensemble, le même jour, dans la même place. C’était au palais Brongniart donc, donc c’était aussi symbolique.
Ces 10 milliards d’investissements, c’est la deuxième phase. En fait, ce qu’on a cherché à dire, c’est que on est d’abord au milieu d’une période de 5 ans 2010-2015 . On a cherché à faire un point d’étape. Et nous l’avons fait. Cette période pour la résumer est une période dans laquelle nous avons investi 12 milliards au total c’est-à-dire un montant assez significatif, sachant qu’une partie de ces investissements sont un peu en avance de phase pour la période 2016-2020.  Donc nous avons fait nos comptes et communiquer à nos actionnaires le fait que ces investissements allaient produire dans la deuxième partie et que nous allions pouvoir mettre 10 milliards supplémentaires dans la période 2016-2020 pour pouvoir assurer la croissance.
Alors je réponds effectivement à votre question, oui, il faut y croire. Dans chaque réunion « investisseurs », on a fait le point sur les marchés en se disant quelle est la dynamique de ces grands contrats que nous signons dans le monde entier, que peut- on attendre des pays matures, que peut-on attendre des pays développés dans les domaines de la santé, de l’électronique et d’autres.  Nous nous sommes posés toutes ces questions et nous sommes arrivés, en fait, à une estimation du marché et à partir de là nous avons donné nos projections, qui je le rappelle, sont de faire mieux que le marché à la fois dans la période 2010-2015 et la période 2016-2020.

HC   On va rappeler que votre chiffre d’affaires 2012 était de 15 milliards, 2013 ce sera à peu près…

BP   Euh ce n’est pas encore…
On avait sur les six premiers mois de l’année, un à deux pour cent de croissance. Alors il y a un effet de change important qu’il faut rappeler et qui malheureusement pour toutes les entreprises situées dans la zone euro sera relativement important mais je rappelle que pour Air Liquide, il est de deuxième ordre puisque nous n’exportons pas de produit, nous ne matérialisons pas de gains ou de pertes de change.

HC   Quels sont les marchés les plus porteurs. On sait que les Etats-Unis étaient très importants pour vous. Est-ce qu’ils le restent ? Si on essaye de faire un tour du monde avec vos yeux, Benoit Potier, où sont les marchés de croissance ?

BP   C’est assez intéressant parce que je pense que le principal message qu’on a essayé de faire passer à nos investisseurs est qu’il nous semble qu’il ne faut plus nécessairement regarder le monde et la croissance future sous un angle seulement géographique. On a eu l’habitude jusque maintenant de regarder les pays avancés et les pays émergents. La règle du jeu stratégique était d’aller chercher cette croissance en Chine, en Inde, au Moyen-Orient ou en Amérique du sud. En fait, ce que l’on constate aujourd’hui, c’est que le différentiel de croissance entre les pays matures et les pays émergents, est passé de 10% à seulement 5% et ce différentiel va continuer à décroître avec le temps. Donc il faut aujourd’hui imaginer une stratégie qui ne sera plus seulement géographique mais qui consistera à aller chercher les marchés en croissance où ils sont dans le monde entier y compris dans nos zones matures. Et donc, c’est quand même une inflexion assez importante de la stratégie puisqu’il faut maintenant se préoccuper de générer les nouveaux marchés que ce soit aussi bien en France qu’en Europe, aux USA, au Japon, en Chine qu’au Moyen-Orient, en Amérique du sud.

HC   Est-ce qu’on peut dire que c’est une spécificité d’Air Liquide, c’est-à-dire que vous produisez « local » don il faut de la croissance sur place comparé à d’autres industries.

BP   Oui, c’est effectivement une des caractéristiques. On a besoin de la générer c’est-à-dire que si nous ne faisons rien, au premier janvier de chaque année, chacun de nos clients consommera à peu près ce qu’il a consommé l’année d’avant plus un petit quelque chose et donc nous n’aurons qu’un très faible taux de croissance qui sera, pour faire simple, à peu près équivalent à la croissance de la production industrielle mais c’est tout. Donc pour pouvoir générer cette croissance de 5, 6, 7% il faut investir, il faut aller chercher des projets, c’est pour ça que nous avons prévu d’investir 10 milliards d’euros pour la période 2016-2020.

HC   Alors 10 milliards d’investissements dans quoi ? Pour l’instant tout ce qui est santé fait plus ou moins 40% de votre chiffre d’affaires ?

BP   Non, c’est moins. C’est un petit 20%

HC   Et donc votre objectif avec ces 10 milliards, c’est de vous développer non pas par zone géographique mais donc par secteur.

BP   Je n’élimine pas les zones géographiques. Je dis simplement qu’il y a une deuxième vue qu’il faut  avoir sur le monde au-delà de la vision géographique qui est cette vue des nouveaux marchés et ces nouveaux marchés vont venir de quelle zone, de quel pays, de quel secteur. C’est donc une somme de deux composants de croissance. Je reviens à l’aspect géographique. Il est incontestable que la Chine continue d’être toujours un moteur de croissance d’environ 10% mais nous avons connu des taux de croissance de 30% en Chine. Donc aujourd’hui, nous sommes évidemment beaucoup plus gros, un milliard d’euros de chiffre d’affaires mais le taux de croissance qu’on attend est plus proche de 10% que de 30%. L’Afrique et le Moyen-Orient sont un secteur relativement intéressant pour le futur relativement lointain, l’Inde moins puisque l’Inde s’industrialise moins rapidement que la Chine. Reste les pays d’Europe de l’est qui sont en forte croissance encore aujourd’hui et ceux d’Amérique du sud. Vous m’avez posé la question sur l’Amérique du nord, là c’est une question énergétique peut-être qu’on sera amené à la voir tout à l’heure.

HC   Oui, même pour vous, l’Amérique du nord est un très gros marché. Ca représente combien ?

BP   23% aujourd’hui

HC   Pour vous, c’est déjà trop ?

BP   Absolument pas, je crois que le renouveau qui est dû à l’énergie, à cette question du gaz de schiste aux USA, est bienvenu. En fait, nous constatons d’ors et déjà à court terme que l’Amérique du Nord a un taux de croissance bien supérieur à celui des autres pays avancés. Et nous y avons investi et nous continuerons d’investir dans le futur pour bénéficier justement de ces opportunités gaz de schiste mais également de technologies –parce que les USA restent quand même un pays au monde où il est possible d’investir dans la technologie.

HC   Bon, on ne va pas refaire tout le débat mais il est intéressant malgré tout parce que pour vous le gaz de schiste a été une opportunité formidable, on peut dire cela comme ça.

BP   Oui enfin pas directement puisque nous ne sommes pas bien évidemment producteurs de gaz de schiste mais nos clients, en fait, ont investi sur la zone Amérique du nord pour pouvoir construire de grandes usines et utiliser le gaz de schiste bon marché pour fabriquer leurs produits chimiques notamment.

HC   Donc vous avez vu le miracle gaz de schiste avec ces limites peut-être. Pour vous, l’Europe est-elle en train de se priver de quelque chose avec les gaz de schiste ?

BP   Il y a peut-être deux observations à faire qui sont tout à fait non polémiques. La première est que nous ne savons pas si la qualité des sols en Europe est telle qu’on peut en extraire du gaz de schiste. Ca, nous ne le savons pas. Il faudrait faire pour cela de l’exploration, ce qui n’est pas facile sur l’ensemble de l’Europe.
La deuxième chose est que même si on pouvait le récupérer, nous ne savons pas si ces réserves sont, en fait, exploitables dans les mêmes proportions que celles des Etats-Unis et nous ne connaissons pas avec précision l’impact sur l’environnement. Air Liquide en tant que société,  fournit les gaz à l’industrie d’exploitation aux USA pour en fait essentiellement réduire la consommation d’eau qui est liée à la technologie et ça c’est évidemment excellent pour l’environnement puisqu’une partie des problèmes liés au gaz de schiste sont liés à la consommation d’eau.

HC  Mais ça veut dire que vous pensez qu’on pourrait trouver de meilleurs solutions ? Notamment, vos gaz pourraient être améliorés – on parlera de l’innovation dans un instant - pour qu’il n’y ait pas ces problèmes de fractures hydrauliques aussi puissantes et effrayantes quelque part.

BP  Dans une certaine mesure, oui, pour économiser de l’eau et pour aller chercher effectivement le gaz là où on peut le dissoudre au lieu de craquer la roche. Il y a des technologies qui ne sont pas applicables dans tous les types de terrains.

HC   Et vous pensez qu’on trouvera un jour une technologie qui fera moins peur.

BP   Il y a des experts qui sont mieux placés que moi pour répondre à cette question mais moi je pense qu’on peut améliorer les technologies.


HC   Il y a un volet très important effectivement c’est la facture de l’innovation, un des moteurs de l’Air Liquide. Vous consacrez combien de votre chiffre d’affaires à l’innovation ?

BP   On est à 2% un peu moins de 2%.

HC   C’est peu

BP   Oui, ce n’est pas beaucoup quand on le compare aux objectifs européens. Ceci étant, nous investissons énormément. Nous sommes en fait qu’on appelle « capital intensive » en anglais. Nous avons besoin de beaucoup de capitaux pour pouvoir investir et produire de la croissance. Et en fait, lorsqu’on additionne les capitaux qui génèrent la croissance avec les capitaux qui génèrent la croissance à long terme, c’est-à-dire la recherche, on arrive à 17% du chiffre d’affaire. Pour générer notre croissance, nous sommes globalement une industrie qui investit énormément.

HC   On parle de santé parc qu’on sait que c’est un pôle très important, même s’il ne représente pour l’instant que 23%, c’est un pôle qui est en train d’émerger fortement. En tous cas, vous avez de grandes ambitions dans le plan d’investissements la part consacrée à la santé est de combien ?

BP   En fait, elle est à peu près proportionnelle au chiffre d’affaires, mais elle n’est pas représentative. Parce que la santé est un métier où l’on investit moins en usine essentiellement donc le capital investi est moindre. En proportion, on investit plus. Donc c’est un des deux secteurs avec la grande industrie qui va être un des deux moteurs de croissance du groupe non seulement dans les deux prochaines années mais je dirais dans les sept prochaines années.  

HC   Alors vous investissez dans le véhicule électrique notamment en Allemagne. Vous avez des ambitions en l’occurrence d’équiper des stations d’hydrogène.

BP   Air Liquide est impliqué depuis longtemps, comme vous le savez, dans la recherche sur l’utilisation de l’hydrogène comme vecteur d’énergie. Un des éléments clé ou une des applications, c’est bien évidemment la voiture à moteur à hydrogène, à pile à combustible. C’est une pile qui utilise l’hydrogène  pour fabriquer de l’électricité. Une technologie connue depuis très longtemps et sur laquelle un certain nombre de constructeurs automobile européens, américains et asiatiques travaillent depuis au moins vingt ans.
Ce qu’il y a de nouveau et c’est très intéressant, c’est qu’aujourd’hui les technologies de construction de la pile et de systèmes dans le véhicule sont au point , au point que les constructeurs sont prêts à le commercialiser ces véhicules dès l’année 2015.

HC   Mais par rapport aux véhicules électriques que l’on connait, que développe Renault notamment. Je ne comprends pas très bien entre l’hydrogène et électrique…

BP   Je vais vous expliquer. La voiture est électrique dans les deux cas mais les autolites par exemple sont des véhicules qui fonctionnent avec une batterie donc l’énergie est stockée dans la batterie. C’est pour cela qu'il faut la recharger. Dans le véhicule à hydrogène, il n’y a plus de batterie mais il y a à la place une pile à combustible et un réservoir d’hydrogène et c’est ça qui remplace en fait la batterie.

HC   Et cette technologie, vous le développez visiblement en Allemagne. Vous ne le développez pas en France qui ne fait pas partie des pays que vous avez listé, pourquoi ?

BP   Parce qu’Air Liquide est en fait associé aux constructeurs automobiles. Ce n’est pas nous qui construisons les voitures. Et ce sont  les constructeurs allemands et les constructeurs japonais qui sont les plus en pointe dans ces domaines- là. Donc la contribution d’Air Liquide, c’est de produire l’hydrogène et de l’amener dans les stations-services de façon à ce que le consommateur puisse remplir directement son réservoir avec son carburant, avec de l’hydrogène.

HC   Mais il n’y a pas de risque d’explosion ? C’est peut être une question de béotien mais, à mon avis, je ne suis pas la seule à me la poser.

BP   Non, ça a été la première question qui a été posée par les constructeurs. Et en fait les technologies qui ont été posée par les constructeurs. Et en fait, les technologies qui ont été développées à ce jour sont des technologies tout nouvelles qui viennent de l’aéronautique et qui sont en fait des technologies qui éliminent le risque d’explosion du réservoir puisque le réservoir est conçu avec une fibre de carbone embobinée  et donc il ne peut plus exploser.

HC   C’est un grand chantier de développement, d’investissements ou on est au stade expérimental, Benoit Potier ?

BP   Il y a cinq ans, je vous aurais répondu que l’on était au stade expérimental et que dans nos labos, on était passionné et qu’on imaginait un futur.
Aujourd’hui, nous avons acheté nos deux premiers véhicules en France, immatriculés en France  nos deux premiers véhicules qui viennent d’Asie, de Corée. En France, nous avons été les premiers à le faire. Nous avons évidemment les technologies des stations-services. Et nous sommes aussi partenaires à la fois d’une coalition en Allemagne pour investir cent puis trois cents stations-services sur le territoire allemand et partenaire avec Toyota au Japon  avec lequel nous venons de créer une joint-venture pour construire des stations-services pour des véhicules à hydrogène. L’innovation de demain est pratiquement à disposition aujourd’hui.

HC   Pour Air Liquide qu’elles sont les innovations que l’on peut faire dans la santé car là on est tous en train d’imaginer plein de choses. Est-ce que vous pouvez nous dire qu’elles sont les principales innovations ?

BP   Alors un petit rappel : Air Liquide est à l’hôpital. De ce côté-là, on le sait bien essentiellement l’oxygène et d’autres services.  Air Liquide est aussi à la maison. Nous avons développé la santé à domicile. Et c’est là, que les innovations seront les plus nombreuses. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui,  le système de santé a besoin d’être organisé différemment à la fois pour un meilleur traitement et pour baisser les coûts. Or un patient bien traité de façon préventive à domicile est un patient en meilleure santé et un patient qui coûte moins cher à l’ensemble du système. Donc, nous avons développé non seulement le service, cela a été les dix dernières années. Nous sommes en train de développer les technologies.  A titre d’illustration, ce sont des technologies qui permettent de connecter le patient à son médecin, à l’entreprise qui fournit le service, c’est-à-dire Air Liquide et à l’assureur, la caisse de sécurité sociale pour vérifier et inciter le patient à suivre son traitement. Et le seul fait de suivre son traitement et de pouvoir parler avec son médecin, en fait, améliore considérablement l’état de santé et le coût global pour la société.

HC   On sent qu’il y a beaucoup d’innovations, je recevais hier Bernard Charlès, le patron de Dassault Systèmes, là aussi il y a beaucoup d’innovations, la maison connectée…

BP   Voilà et là on parle de la santé connectée




HC   Je ne sais pas si vous avez vu la déclaration de Mario Draghi qui dit que la banque centrale européenne doit s’assurer que les liquidités irriguent bien les entreprises. Est-ce que vous diriez qu’il y a un problème de financement pour les entreprises.

BP   Pas pour les grandes entreprises. Nous avons-nous, en fait, assisté en dix ans à un changement assez profond du financement par les banques vers les marchés. Aujourd’hui la grande majorité du financement des grandes entreprises se fait par les marchés. Nous avons les liquidités par les marchés et nous sommes en tant que grandes entreprises, je dirais très bien servies par l’ensemble des marchés.  Par contre nous avons des clients qui sont des petites entreprises et nous constatons notamment dans le sud de l’Europe mais pas d’une façon limitée au sud de l’Europe qu’un certain nombre de petites entreprises ont beaucoup de difficultés effectivement à trouver un financement.

HC   Donc, il a raison de faire cette digression. On parle du prix de l’électricité, en l’occurrence,  parce que vous disiez à l’instant que vous étiez une entreprise, une entreprise, un secteur dans tous les cas, qui consomment beaucoup de capitaux mais aussi beaucoup d’énergie. Vous faites partie des entreprises qui appartiennent à un consortium de grandes entreprises, un consortium qui a négocié, il y a quoi, cinq six ans avec EDF, un contrat à long terme mais ce contrat à long terme fait qu’aujourd’hui vous avez des prix extrêmement élevés, je crois, à 47€ alors que normalement le prix pourrait être à 42€.Il y a une négociation qui est en cours, c’est un peu compliqué mais aujourd’hui on parle des tarifs d’EDF notamment vis-à-vis des particuliers. Est-ce que pour vous, ça devient quelque chose à renégocier d’urgence ?

BP   Oui, alors il y a à la fois le problème d’Exeltium, c’est le nom de cette entreprise qui est un consortium entre un certain nombre d’industriels grands consommateurs d’énergie en France et une autre question qui est plus large, qui est la compétitivité des entreprises en France et en Europe liée au prix de l’énergie.
Je pense effectivement qu’il y a urgence à renégocier le contrat Exeltium qui donne effectivement 10% de plus de coûts d’électricité paradoxalement pour les grands consommateurs alors que l’idée au départ était de rendre ce contrat plus compétitif par rapport à la moyenne

HC   …avec une possibilité de sortie anticipée

BP   mais qui pose aujourd’ hui un problème de non compétitivité pour les grands industriels qui font partie de ce consortium. C’est vrai qu’il faut qu’on trouve une solution. On la cherche depuis quelques années. Il faut aujourd’hui qu’on la trouve.

HC   Ca veut dire qu’en 2014, il faut que vous la trouviez. Vous ne pouvez pas avoir un surcoût de 10% ,j’imagine.

BP   Les conséquences à court et long terme seraient en fait dramatiques pour les entreprises qui seraient obligées en fait de s'organiser différemment et de produire ailleurs.

HC   C’est un facteur clé, on voit bien que dans le cadre de la transition énergétique, dans les entreprises comme vous

BP   C’est un sujet intéressant puisque c’est à la fois un sujet de long terme et un sujet européen. Nous avons en tant qu’industriels européens pris une position très claire qui est de dire si l’Europe jusque maintenant s’est beaucoup plus préoccupé du changement climatique et de la sécurité d’approvisionnement au détriment de la compétitivité de l’énergie.
 Et nous avons en fait demandé aux leaders européens depuis quelques temps de remettre la question de la compétitivité de l’énergie au même niveau que celle du changement climatique et de la sécurité d’approvisionnement.

HC   Merci beaucoup, Benoît Potier, 2013 sera une année en demi-teinte ?


BP   Oui, parce que, en fait rappelons-nous que le premier trimestre a été assez difficile pour tout le monde. L’économie a souffert depuis déjà mi-2011. On a vu une amélioration se dessiner au deuxième et se maintenir au troisième trimestre, le quatrième n’est pas fini, attendons les comptes. Mais ce qui est sûr c’est que nous n'avons pas retrouvé encore suffisamment de confiance et c’est le mot un peu clé que je voulais mettre sur la table. C’est cette confiance qui manque aujourd’hui, cette confiance à court terme qui est de nature à faire rebondir. Nous avons essayé de la développer à long terme en apportant nos objectifs hier.